Ancienne guerre

Nous nous comprenions à chaque regard. Très vite, nous nous sommes installés après l'échange de nos vœux. J'étais enceinte de notre premier ( et seul hélas ) enfant lorsqu'il a été appelé au front. A l'époque, il n'était pas question de pleurer, nous nous devions en tant que femme de soldats, de rester fortes. Nous connaissions les risques et les enjeux d'une telle bataille. Pas de place pour l'amour, mon mari se devait de respecter ses engagements. Je me devais d'élever Pierre sous de meilleurs auspices. J'avais l'espoir que cela aille vite. Il n'en a pas été de ce fait. Je redoutais la missive annonçant la disparition de mon mari. Mes nuits se composaient de cauchemars, ma vie n'avait plus de sens, mon mariage encore moins. Face à mon fils, je ne baissais pas la garde. Pierre grandissait, il a fait ses premiers pas, dit ses premiers mots, manifesté ses premières peines. Je lui montrais des photos de son père, lasse. Mes yeux se fermaient, les joues se creusaient. Nous avions si faim... La guerre faisait des ravages. Les disparitions, les non-dits, tout espoir paraissait vain. Moi, comme tant d'autres femmes au pays, nous attendions, droites, fortes, mais en perdant peu à peu cette lueur qui nous unissait.